—Nous verrons bien ; mais il sera prudent de ne point trop les approcher, le Victoria n'est pas un ballon blindé ni cuirassé ; il n'est donc à l'abri ni d'une balle, ni d'une flèche.

—Comptes-tu donc, mon cher Samuel, entrer en pourparlers avec ces Africains ?

—Si cela se peut, pourquoi pas ? répondit le docteur ; il doit se trouver à Kazeh des marchands arabes plus instruits, moins sauvages. Je me rappelle que MM. Burton et Speke n'eurent qu'à se louer de l'hospitalité des habitants de la ville. Ainsi, nous pouvons tenter l'aventure.

Le Victoria, s'étant insensiblement rapproché de terre, accrocha l'une de ses ancres au sommet d'un arbre près de la place du marché. Toute la population reparaissait en ce moment hors de ses trous ; les têtes sortaient avec circonspection. Plusieurs « Waganga, » reconnaissables à leurs insignes de coquillages coniques, s'avancèrent hardiment ; c'étaient les sorciers de l'endroit. Ils portaient à leur ceinture de petites gourdes noires enduites de graisse, et divers objets de magie, d'une malpropreté d'ailleurs toute doctorale.

Peu à peu, la foule se fit à leurs côtés, les femmes et les enfants les entourèrent, les tambours rivalisèrent de fracas, les mains se choquèrent et furent tendues vers le ciel.

C'est leur manière de supplier, dit le docteur Fergusson si je ne me trompe, nous allons être appelés à jouer un grand rôle.

—Eh bien ! Monsieur, jouez-le.

—Toi-même, mon brave Joe, tu vas peut-être devenir un dieu.

—Eh ! Monsieur, cela ne m'inquiète guère, et l'encens ne me déplait pas. »

En ce moment, un des sorciers, un « Myanga » fit un geste, et toute cette clameur s'éteignit dans un profond silence. Il adressa quelques paroles aux voyageurs, mais dans une langue inconnue.