C'était effrayant ! répondit Kennedy.

—Bon, répliqua Joe, cela jette de la diversité dans le voyage, et je ne suis pas fâché d'avoir vu un orage d'un peu haut. C'est un joli spectacle ! »

CHAPITRE XVII

Les montagnes de la Lune.—Un océan de verdure.—On jette l'ancre.—L'éléphant remorqueur.— Feu nourri.—Mort du pachyderme.—Le four de campagne.—Repas sur l'herbe.—Une nuit

Vers six heures du matin, le lundi, le soleil s'élevait au-dessus de l'horizon ; les nuages se dissipèrent, et un joli vent rafraîchit ces première lueurs matinales.

La terre, toute parfumée, reparut aux yeux des voyageurs. Le ballon, tournant sur place au milieu des courants opposés, avait à peine dérivé ; le docteur, laissant se contracter le gaz, descendit afin de saisir une direction plus septentrionale. Longtemps ses recherches furent vaines ; le vent l'entraîna dans l'ouest, jusqu'en vue des célèbres montagnes de la Lune, qui s'arrondissent en demi-cercle autour de la pointe du lac Tanganayika ; leur chaîne, peu accidentée, se détachait sur l'horizon bleuâtre ; on eut dit une fortification naturelle, infranchissable aux explorateur du centre de l'Afrique ; quelques cônes isolés portaient la trace des neiges éternelles.

Nous voilà, dit le docteur, dans un pays inexploré ; le capitaine Burton s'est avancé fort avant dans l'ouest ; mais il n'a pu atteindre ces montagnes célèbres ; il en a même nié l'existence, affirmée par Speke son compagnon ; il prétend qu'elles sont nées dans l'imagination de ce dernier ; pour nous, mes amis, il n'y a plus de doute possible

—Est-ce que nous les franchirons ! demanda Kennedy.

—Non pas, s'il plaît à Dieu ; j'espère trouver un vent favorable qui me ramènera à l'équateur ; j'attendrai même, s'il le faut, et je ferai du Victoria comme d'un navire qui jette l'ancre par les vents contraires.

Mais les prévisions du docteur ne devaient pas tarder à se réaliser. Après avoir essayé différentes hauteurs, le Victoria fila dans le nord-est avec une vitesse moyenne.