«Ce canon pèsera soixante-huit mille quarante tonnes (—68,040,000 kg).
—Et à deux cents la livre (— 10 centimes), il coûtera?...
—Deux millions cinq cent dix mille sept cent un dollars (— 13,608,000 francs).
J.-T. Maston, le major et le général regardèrent Barbicane d'un air inquiet.
«Eh bien! messieurs, dit le président, je vous répéterai ce que je vous disais hier, soyez tranquilles, les millions ne nous manqueront pas!
Sur cette assurance de son président, le Comité se sépara, après avoir remis au lendemain soir sa troisième séance.
IX
LA QUESTION DES POUDRES
Restait à traiter la question des poudres. Le public attendait avec anxiété cette dernière décision. La grosseur du projectile, la longueur du canon étant données, quelle serait la quantité de poudre nécessaire pour produire l'impulsion? Cet agent terrible, dont l'homme a cependant maîtrisé les effets, allait être appelé à jouer son rôle dans des proportions inaccoutumées.
On sait généralement et l'on répète volontiers que la poudre fut inventée au XIVe siècle par le moine Schwartz, qui paya de sa vie sa grande découverte. Mais il est à peu près prouvé maintenant que cette histoire doit être rangée parmi les légendes du Moyen Age. La poudre n'a été inventée par personne; elle dérive directement des feux grégeois, composés comme elle de soufre et de salpêtre. Seulement, depuis cette époque, ces mélanges, qui n'étaient que des mélanges fusants, se sont transformés en mélanges détonants.
Mais si les érudits savent parfaitement la fausse histoire de la poudre, peu de gens se rendent compte de sa puissance mécanique. Or, c'est ce qu'il faut connaître pour comprendre l'importance de la question soumise au Comité.