—La chaise est prête, répondit Nizib.

—En route! dit Kéraban. Ah! messieurs les modernes Ottomans, qui vous habillez à l'européenne! Ah! messieurs les nouveaux Turcs, qui ne savez plus même être gras!…»

C'était évidemment là une impardonnable décadence aux yeux du seigneur
Kéraban.

«… Ah! messieurs les renégats, qui vous soumettez aux prescriptions de Mahmoud, je vous montrerai qu'il y a encore de Vieux Croyants, dont vous n'aurez jamais raison!»

Personne ne le contredisait alors, le seigneur Kéraban, et pourtant il s'animait de plus belle.

«Ah! vous prétendez monopoliser le Bosphore à votre profit! Eh bien, je m'en passerai, de votre Bosphore! Je m'en moque, de votre Bosphore!—Vous dites, Van Mitten?…

—Je ne dis rien, répondit Van Mitten, qui, de fait, n'avait pas même ouvert la bouche et s'en fût bien gardé!

—Votre Bosphore! Leur Bosphore! reprit la seigneur Kéraban, en tendant son poing vers le sud. Heureusement, la mer Noire est là! Elle a un littoral, la mer Noire, et il n'est pas uniquement fait pour les conducteurs de caravanes! Je le suivrai, je le contournerai! Hein! mes amis, voyez-vous d'ici la figure que feront ces employés du gouvernement, quand ils me verront apparaître sur les hauteurs de Scutari, sans avoir jeté même un demi-para dans leur sébille de mendiants administratifs!»

Il faut bien en convenir, le seigneur Kéraban, tout débordant de menaces en cette suprême imprécation, était magnifique.

«Allons, Ahmet! allons, Van Mitten! s'écria-t-il. En route! en route! en route!»