—Pour?… répéta Nedjeb.

—Pour vous conduire à bord de la tartane, répondit le capitaine. N'avez-vous pas décidé de venir visiter sa cargaison et de faire un choix de ce qui pourrait vous convenir?

—C'est vrai, chère maîtresse, s'écria Nedjeb. Nous avions promis au capitaine….

—Nous avions promis, quand Ahmet était encore là, répondit la jeune fille, mais Ahmet est parti, et il n'y a plus lieu de nous rendre à bord de la Guïdare

Les sourcils du capitaine se froncèrent un instant; puis, du ton le plus calme:

«La Guïdare, dit-il, ne peut faire un long séjour dans la baie d'Odessa, et il est possible que j'appareille demain ou après-demain au plus tard. Si donc la fiancée du seigneur Ahmet veut faire acquisition de quelques-unes de ces étoffes dont les échantillons ont paru lui plaire, il faudrait profiter de cette occasion. Mon canot est là, et, en quelques instants, nous pourrons être à bord.

—Nous vous remercions, capitaine, répondit froidement Amasia, mais j'aurais peu de goût à m'occuper de pareilles fantaisies en l'absence du seigneur Ahmet! Il devait nous accompagner dans cette visite à la Guïdare, il devait nous aider de ses conseils… Il n'est plus là, et, sans lui, je ne peux et ne veux rien faire!

—Je le regrette, répondit Yarhud, d'autant plus que le seigneur Ahmet, je n'en doute pas, serait agréablement surpris, à son retour, si vous aviez fait ces acquisitions! C'est une occasion qui ne se retrouvera plus, et que vous regretterez!

—Cela est possible, capitaine, répondit Nedjeb, mais, en ce moment, vous ferez mieux, je pense, de ne point insister à ce sujet!

—Soit, reprit Yarhud, en s'inclinant. Toutefois, laissez-moi espérer que si, dans quelques semaines, les hasards de ma navigation ramenaient la Guïdare à Odessa, vous voudriez bien ne point oublier que vous aviez promis de lui rendre visite.