En vérité, ils ne purent s'empêcher de rire, et, finalement, ils se donnèrent la main de bon coeur, comme deux amis, dont aucune discussion, même sur un sujet aussi grave, ne pouvait altérer l'amitié.

«Les chevaux sont à la chaise, dit alors Ahmet. Nous n'avons plus qu'à partir!

—Partons donc!» répondit Kéraban.

Van Mitten et lui remirent à Bruno et à Nizib les deux narghilés, qui avaient failli se transformer en engins de guerre, et tous eurent bientôt repris place dans leur voiture de voyage.

Mais en y montant, Kéraban ne put s'empêcher de dire tout bas à son ami:

«Puisque vous y avez goûté, Van Mitten, avouez maintenant que le tombéki est bien supérieur au latakié!

—J'aime mieux l'avouer! répondit le Hollandais, qui s'en voulait d'avoir osé tenir tête à son ami.

—Merci, ami Van Mitten, répondit Kéraban, ému par tant de condescendance, voila un aveu que je n'oublierai jamais!»

Et tous deux cimentèrent par une vigoureuse poignée de main un nouveau pacte d'amitié qui ne devait jamais se rompre.

Cependant, la chaise, emportée au galop de son attelage, roulait avec rapidité sur la route du littoral.