En effet, c'était le seigueur Saffar, qui se dirigeait vers Poti, après une rapide excursion dans les provinces du Caucase méridional.
Mais ce nom de Saffar, ce nom du personnage qui avait accaparé les chevaux du relais de Kertsch, voilà qui ne pouvait que surexciter la colère de Kéraban! Céder à cet homme contre lequel il avait tant pesté déjà! Jamais! Il se fût plutôt fait écraser sous les pieds de son cheval.
«Ah! c'est vous le seigneur Saffar? s'écria-t-il. Eh bien, arrière, le seigneur Saffar!
—En avant,» dit Saffar, en faisant signe aux cavaliers de son escorte de forcer le passage.
Ahmet et Van Mitten, comprenant que rien ne ferait céder Kéraban se préparaient à lui venir en aide.
«Mais passez! passez donc! répétait le gardien. Passez donc!… Voici le train!»
Et, en effet, on entendait le sifflet de la locomotive, que cachait encore un coude du railway.
«Arrière! cria Kéraban.
—Arrière!» cria Saffar.
En ce moment, les hennissements de la locomotive s'accentuèrent. Le gardien, éperdu, agitait son drapeau, afin d'arrêter le train…. Il était trop tard…. Le train débouchait de la courbe….