«Nous voilà dans un joli embarras! dit le Hollandais.
—Et mon oncle donc! répondit Ahmet. Nous ne pouvons pourtant par l'abandonner!»
Vingt minutes après, le train de Tiflis, descendant sur Poti, passait devant eux. Ils regardèrent….
A la fenêtre d'un compartiment, apparaissait la tête ébouriffée du seigneur Kéraban, rouge de fureur, les yeux injectés, hors de lui, non moins parce qu'il avait été arrêté que parce que, pour la première fois de sa vie, ces féroces Cosaques l'obligeaient à voyager en chemin de fer!
Mais il importait de ne pas le laisser seul dans cette situation. Il fallait au plus vite le tirer de ce mauvais pas, où son seul entêtement l'avait conduit, et ne pas compromettre le retour à Scutari par un retard qui pouvait peut-être se prolonger.
Laissant donc les débris de la chaise dont on ne pouvait plus faire usage, Ahmet et ses compagnons louèrent une charrette, le postillon y attela ses chevaux, et, aussi rapidement que cela était possible, ils s'élancèrent sur la route de Poti.
C'étaient six lieues à faire. Elles furent franchies en deux heures.
Ahmet et Van Mitten, dès qu'ils eurent atteint la bourgade, se dirigèrent vers la maison de police, afin d'y réclamer l'infortuné Kéraban et lui faire rendre la liberté.
Là, ils apprirent une chose, qui ne laissa pas de les rassurer dans une certaine mesure, aussi bien sur le sort réservé au délinquant que sur l'éventualité de nouveaux retards.
Le seigneur Kéraban, après avoir payé une forte amende pour la contravention d'abord, pour la résistance aux agents ensuite, avait été remis entre les mains des Cosaques, puis dirigé sur la frontière.