—Mon ami Kéraban nous expliquera ce que tout cela signifie! répondit
Van Mitten.
—Mais où sommes-nous en ce moment? demanda Bruno. Quelle est cette place? Quel est ce quai?
—Si je ne me trompe, répondit Van Mitten, nous sommes sur la place de Top-Hané, à l'extrémité même de la Corne-d'Or. Voici le Bosphore qui baigne la côte d'Asie, et de l'autre côté du port, tu peux apercevoir la pointe du Sérail et la ville turque qui s'étage au-dessus.
—Le sérail! s'écria Bruno. Quoi! c'est là le palais du Sultan, où il demeure avec ses quatre-vingt mille odalisques!
—Quatre-vingt mille, c'est beaucoup, Bruno! Je pense que c'est trop,—même pour un Turc! En Hollande, où l'on n'a qu'une femme, il est quelquefois bien difficile d'avoir raison dans son ménage!
—Bon! bon! mon maître! Ne parlons pas de cela!… Parlons-en le moins possible!»
Puis, Bruno, se retournant vers le café toujours désert:
«Eh! mais il me semble que voilà un café, dit-il. Nous nous sommes exténués à descendre ce faubourg de Péra! Le soleil du la Turquie chauffe comme une gueule de four, et je ne serais pas étonné que mon maître éprouvât le besoin de se rafraîchir!
—Une façon de dire que tu as soif! répondit Van Mitten.—Eh bien, entrons dans ce café.»
Et tous deux allèrent s'asseoir à une petite table, devant la façade de l'établissement.