Cependant, les insistances de Van Mitten et de Bruno furent telles que le seigneur Kéraban se réveilla, détira ses bras, ouvrit les yeux, et d'une voix encore brouillée d'assoupissement:
«Hum! fit-il, les chevaux de renfort sont donc arrivés avec le postillon et Nizib?
—Pas encore, répondit Van Mitten.
—Alors pourquoi me réveiller?
—Parce que, si les chevaux ne sont pas arrivés, répondit Bruno, d'autres animaux très suspects sont là, qui entourent la voiture et se préparent à l'attaquer!
—Quels sont ces animaux?
—Voyez!»
La vitre de la portière fut abaissée, et Kéraban se pencha au dehors.
«Allah nous protège! s'écria-t-il. Voilà toute une bande de sangliers sauvages!»
Il n'y avait pas à s'y tromper. C'étaient bien des sangliers. Ces animaux sont très nombreux dans toute la contrée qui confine à l'estuaire danubien; leur attaque est fort à redouter, et ils peuvent être rangés dans la catégorie des bêtes féroces.