Amasia, à demi étendue sur un divan recouvert d'une riche étoffe persane, laissait son regard parcourir la baie du côté d'Odessa.

«Chère maîtresse, dit Nedjeb, en venant s'asseoir sur un coussin aux pieds de la jeune fille, le seigneur Ahmet n'est pas encore ici? Que fait donc le seigneur Ahmet?

—Il est allé à la ville, répondit Amasia, et peut-être nous rapportera-t-il une lettre de son oncle Kéraban?

—Une lettre! une lettre! s'écria la jeune suivante. Ce n'est pas une lettre qu'il nous faut, c'est l'oncle lui-même, et, en vérité, l'oncle se fait bien attendre!

—Un peu de patience, Nedjeb!

—Vous en parlez à votre aise, ma chère maîtresse! Si vous étiez a ma place, vous ne seriez pas si patiente!

—Folle! répondit Amasia. Ne dirait-on pas qu'il s'agit de ton mariage, non du mien!

—Et croyez-vous donc que ce ne soit pas une chose grave, de passer au service d'une dame, après avoir été au service d'une jeune fille?

—Je ne t'en aimerai pas mieux, Nedjeb!

—Ni moi, ma chère maîtresse! Mais, en vérité, je vous verrai si heureuse, si heureuse, lorsque vous serez la femme du seigneur Ahmet, qu'il rejaillira sur moi un peu de votre bonheur!