—Voyez! voyez! répétait la jeune Zingare. Nous n'aurions pas trouvé mieux chez les marchands d'Odessa!
—En vérité, cela semble avoir été fabriqué exprès pour vous, ma chère
Amasia! dit Ahmet.
—Je vous engage aussi, reprit Yarhud, à bien examiner ces mousselines de Scutari et de Tournovo. Vous pourrez juger, sur cet échantillon, de la perfection du travail; mais c'est à bord que vous serez émerveillés par la variété des dessins et l'éclat des couleurs de ces tissus.
—Eh bien, c'est entendu, capitaine, nous irons rendre visite a la Guïdare! s'écria Nedjeb.
—Et vous ne le regretterez pas, reprit Yarhud. Mais permettez-moi de vous montrer encore quelques autres articles. Voici des brocarts diamantés, des chemises de soie crêpée à rayures diaphanes, des tissus pour féredjés, des mousselines pour iachmaks, des châles de Perse pour ceinture, des taffetas pour pantalons…»
Amasia ne se lassait pas d'admirer ces magnifiques étoffes que le capitaine maltais faisait chatoyer sous ses yeux avec un art infini. Pour peu qu'il fût aussi bon marin qu'il était habile marchand, la Guïdare devait être habituée aux navigations heureuses. Toute femme, —et les jeunes dames turques ne font point exception,—se fût laissé tenter à la vue de ces tissus empruntés aux meilleures fabriques de l'Orient.
Ahmet vit aisément combien sa fiancée les regardait avec admiration. Certainement, ainsi que l'avait dit Nedjeb, ni les bazars d'Odessa, ni ceux de Constantinople,—pas même les magasins de Ludovic, le célèbre marchand arménien,—n'eussent offert un choix plus merveilleux.
«Chère Amasia, dit Ahmet, vous ne voudriez pas que ce honnête capitaine se fût dérangé pour rien? Puisqu'il vous montre de si belles étoffes, et puisque sa tartane en apporte de plus belles encore, nous irons visiter sa tartane.
—Oui! oui! s'écria Nedjeb, qui ne tenait plus en place et courait déjà vers la mer.
—Et nous trouverons bien, ajouta Ahmet, quelque soierie qui plaise à cette folle de Nedjeb!