—Oui… à bord! s'écria Nedjeb.

—A bord, puisque Nedjeb le veut!» ajouta la jeune fille.

Le capitaine Yarhud ordonna à son matelot de réemballer tous les échantillons qu'il avait apportés.

Pendant ce temps, il se dirigea vers la balustrade, à l'extrémité de la terrasse, et lança un long hélement.

On put aussitôt voir quelque mouvement se faire sur le pont de la tartane. Le grand canot, hissé sur les pistolets de bâbord, fut lestement descendu à la mer; puis, moins de cinq minutes après, une embarcation, effilée et légère, sous l'impulsion de ses quatre avirons, venait accoster les premiers degrés de la terrasse.

Le capitaine Yarhud fit alors signe au seigneur Ahmet que le canot était à sa disposition.

Yarhud, malgré tout l'empire qu'il possédait sur lui-même, ne fut pas sans éprouver une vive émotion. N'était-ce pas là une occasion qui se présentait d'accomplir cet enlèvement? Le temps pressait, car le seigneur Kéraban pouvait arriver d'une heure à l'autre. Rien ne prouvait, d'ailleurs, qu'avant d'opérer ce voyage insensé autour de la mer Noire, il ne voudrait pas célébrer dans le plus bref délai le mariage d'Amasia et d'Ahmet. Or, Amasia, femme d'Ahmet, ne serait plus la jeune fille qu'attendait le palais du seigneur Saffar!

Oui! le capitaine Yarhud se sentit tout soudainement poussé à quelque coup de force. C'était bien dans sa nature brutale, qui ne connaissait aucun ménagement. Au surplus, les circonstances étaient propices, le vent favorable pour se dégager des passes. La tartane serait en pleine mer, avant qu'on eût pu songer à la poursuivre, au cas où la disparition de la jeune fille se fût subitement ébruitée. Certainement, Ahmet absent, si Amasia et Nedjeb seules eussent rendu visite à la Guïdare, Yarhud n'aurait pas hésité à se mettre en appareillage et à prendre la mer, dès que les deux jeunes filles, sans défiance, auraient été occupées à faire un choix dans la cargaison. Il eût été facile de les retenir prisonnières dans l'entrepont, d'étouffer leurs cris, jusqu'au sortir de la baie. Ahmet présent, c'était plus difficile, non impossible cependant. Quanta se débarrasser plus tard de ce jeune homme, si énergique qu'il fût, même au prix d'un meurtre, cela n'était pas pour gêner le capitaine de la Guïdare. Le meurtre serait porté sur la note, et le rapt payé plus cher par le seigneur Saffar, voilà tout.

Yarhud attendait donc sur les marches de la terrasse, tout en réfléchissant à ce qu'il convenait de faire, que le seigneur Ahmet et ses compagnes se fussent embarqués dans le canot de la Guïdare. Le léger bâtiment se balançait avec grâce sur ces eaux légèrement gonflées par la brise, à moins d'une encablure.

Ahmet, se tenant sur la dernière marche, avait déjà aidé Amasia à prendre place sur le banc d'arrière de l'embarcation, lorsque la porte de la galerie s'ouvrit. Puis, un homme, âgé d'une cinquantaine d'années au plus, dont l'habillement turc se rapprochait du vêtement européen, entra précipitamment, en criant: