—Rien, répondit Sélim. Cet homme a pris un cheval à la maison de poste de Majaki, où la voiture de mon ami Kéraban s'était arrêtée pour relayer. Il est arrivé au comptoir, afin de m'annoncer que mon ami Kéraban viendrait directement ici, sans s'arrêter à Odessa, et par conséquent, d'un instant à l'autre, mon ami Kéraban va apparaître!»

Si l'ami Kéraban pour le banquier Sélim, l'oncle Kéraban pour Amasia et Ahmet, le seigneur Kéraban pour Nedjeb, fut «par contumace» salué en cet instant des qualifications les plus aimables, il est inutile d'y insister. Cette arrivée, c'était la célébration du mariage à bref délai! C'était le bonheur des fiancés à courte échéance! L'union tant souhaitée n'attendrait même plus le délai fatal pour s'accomplir! Ah! si le seigneur Kéraban était le plus entêté, c'était aussi le meilleur des hommes!

Yarhud, impassible, assistait à toute cette scène de famille. Cependant, il n'avait point renvoyé son canot. Il lui importait de savoir quels étaient, au juste, les projets du seigneur Kéraban. Ne pouvait-il craindre, en effet, que celui-ci ne voulût célébrer le mariage d'Amasia et d'Ahmet, avant de continuer son voyage autour de la mer Noire?

En ce moment, des voix que dominait une voix plus impérieuse se firent entendre au dehors. La porte s'ouvrit, et, suivi de Van Mitten, de Bruno, de Nizib, apparut le seigneur Kéraban.

X

DANS LEQUEL AHMET PREND UNE ÉNERGIQUE RÉSOLUTION, COMMANDÉE, D'AILLEURS, PAR LES CIRCONSTANCES.

«Bonjour, ami Sélim! bonjour! Qu'Allah te protège, toi et toute ta maison!»

Et, cela dit, le seigneur Kéraban serra solidement la main de son correspondant d'Odessa.

«Bonjour, neveu Ahmet!»

Et le seigneur Kéraban pressa sur sa poitrine, dans une vigoureuse étreinte, son neveu Ahmet.