—Et sa platitude envers le seigneur Kéraban! répondait Bruno, qui ne pouvait pardonner à son maître une condescendance poussée à ce degré de faiblesse.
—Eh! dit Nedjeb, cela prouve, au moins, que monsieur Van Mitten a un cour bon et généreux!
—Trop généreux! répliqua Bruno. Au surplus, depuis que mon maître a consenti à suivre le seigneur Kéraban en un pareil voyage, je n'ai cessé de lui répéter qu'il lui arriverait malheur tôt ou tard! Mais un malheur pareil! Devenir le fiancé, ne fût-ce que pour quelques jours, de cette Kurde endiablée! Jamais je n'aurais pu imaginer cela … non! jamais! La première madame Van Mitten était une colombe en comparaison de la seconde.»
Cependant, le Hollandais s'était assis à une autre place, toujours flanqué de ses deux garde-du-corps, lorsque Bruno vint lui offrir quelque nourriture; mais Van Mitten ne se sentait pas en appétit.
«Vous ne mangez pas, seigneur Van Mitten? lui dit Saraboul, qui le régardait entre les deux yeux.
—Je n'ai pas faim!
—Vraiment, vous n'avez pas faim! répliqua le seigneur Yanar. Au
Kurdistan on a toujours faim … même après les repas!
—Ah! au Kurdistan? … répondit Van Mitten en avalant les morceaux doubles,—par obéissance.
—Et buvez! ajouta la noble Saraboul.
—Mais, je bois … je bois vos paroles!» Et il n'osa pas ajouter: