C'était Sélim, en effet, Sélim, suivi d'une vingtaine d'hommes, bien armés, qui accourait au secours de la petite caravane, au moment même où elle allait être écrasée.

«Sauve qui peut!» s'écria le chef des bandits, en donnant l'exemple de la fuite.

Et il disparut, avec les survivants de sa troupe, en se jetant dans la caverne, dont une seconde issue, on le sait, s'ouvrait au dehors.

«Lâches! s'écria Saffar en se voyant ainsi abandonné. Eh bien, on ne l'aura pas vivante.»

Et il se précipita sur Amasia, au moment où Ahmet s'élançait sur lui.

Saffar déchargea sur le jeune homme le dernier coup de son revolver: il le manqua. Mais Kéraban, qui n'avait rien perdu de son sang-froid, ne le manqua pas, lui. Il bondit sur Saffar, le saisit à la gorge, et le frappa d'un coup de poignard au coeur.

Un rugissement, ce fut tout. Saffar, dans ses dernières convulsions, ne put même pas entendre son adversaire s'écrier:

«Voilà pour t'apprendre à faire écraser ma voiture!»

Le seigneur Kéraban et ses compagnons étaient sauvés. A peine les uns ou les autres avaient-ils reçu quelques légères blessures. Et cependant, tous s'étaient bien comportés,—tous,—Bruno et Nizib, dont le courage ne s'était point démenti; le seigneur Yanar, qui avait vaillamment lutté; Van Mitten, qui s'était distingué dans la mêlée, et l'énergique Kurde, dont le pistolet avait souvent retenti au plus fort de l'action.

Toutefois, sans l'arrivée inexplicable de Sélim, c'en eût été fait d'Amasia et de ses défenseurs. Tous eussent péri, car ils étaient décidés à se faire tuer pour elle.