—Tous mes compliments,» répondit le chef de police, qui n'avait pas autre chose à faire qu'à s'incliner devant un entêtement pareil.

Les cris d'acclamation retentirent alors de toutes parts en l'honneur du seigneur Kéraban, pendant que ce bienfaisant têtu embrassait de bon coeur sa fille Amasia et son fils Ahmet.

Mais il n'était point homme à perdre son temps,—même dans l'enivrement du triomphe.

«Et maintenant, allons chez le juge de Constantinople! dit-il.

—Oui, mon oncle, chez le juge, répondit Ahmet. Ah! vous êtes bien le meilleur des hommes!

—Et, quoi que vous en disiez, répliqua le seigneur Kéraban, pas entêté du tout … à moins qu'on ne me contrarie!»

Il est inutile d'insister sur ce qui se passa ensuite. Ce jour-même, dans l'après-midi, le juge recevait le contrat, puis, l'iman disait une prière à la mosquée, puis, on rentrait à la maison de Galata, et, avant que le minuit du 30 de ce mois fut sonné, Ahmet était marié, bien marié, à sa chère Amasia, à la richissime fille du banquier Sélim.

Le soir même, Van Mitten, anéanti, se préparait à partir pour le Kurdistan en compagnie du seigneur Yanar, son beau-frère, et de la noble Saraboul, dont une dernière cérémonie, en ce pays lointain, allait faire définitivement sa femme.

Au moment des adieux, en présence d'Ahmet, d'Amasia, de Nedjeb, de
Bruno, il ne put s'empêcher de dire avec un doux reproche à son ami:

«Quand je pense, Kéraban, que c'est pour n'avoir pas voulu vous contrarier que me voilà marié … marié une seconde fois!