Ahmet eut la pensée de demander, pour la nuit, l'hospitalité aux gardiens, qui devaient être à leur poste.
Il frappa à la porte de la maisonnette, construite au pied du phare.
Quelques instants de plus, le seigneur Kéraban et ses compagnons n'auraient pu résister aux coups de la tempête.
III
DANS LEQUEL BRUNO JOUE A SON CAMARADE NIZIB UN TOUR QUE LE LECTEUR VOUDRA BIEN LUI PARDONNER.
Une grossière maison de bois, divisée en deux chambres avec fenêtres ouvertes sur la mer, un pylône, fait de poutrelles, supportant un appareil catoptrique, c'est-à-dire une lanterne à réflecteurs, et dominant le toit d'une soixantaine de pieds, tel était le phare d'Atina et ses dépendances. Donc rien de plus rudimentaire.
Mais, tel qu'il était, ce feu rendait de grands services à la navigation, au milieu de ces parages. Son établissement ne datait que de quelques années. Aussi, avant que les difficiles passes du petit port d'Atina qui s'ouvre plus à l'ouest fussent éclairées, que de navires s'étaient mis à la côte au fond de ce cul-de-sac du continent asiatique! Sous la poussée des brises du nord et de l'ouest, un steamer a de la peine à se relever, malgré les efforts de sa machine,—à plus forte raison, un bâtiment à voiles, qui ne peut lutter qu'en biaisant contre le vent.
Deux gardiens demeuraient à poste fixe dans la maisonnette de bois, disposée au pied du phare; une première chambre leur servait de salle commune; une seconde contenait les deux couchettes qu'ils n'occupaient jamais ensemble, l'un d'eux étant de garde chaque nuit, aussi bien pour l'entretien du feu que pour le service des signaux, lorsque quelque navire s'aventurait sans pilote dans les passes d'Atina.
Aux coups qui furent frappés du dehors, la porte de la maisonnette s'ouvrit. Le seigneur Kéraban, sous la violente poussée de l'ouragan —ouragan lui-même!—entra précipitamment, suivi d'Ahmet, de Van Mitten, de Bruno et de Nizib.
«Que demandez-vous? dit l'un des gardiens, que son compagnon, réveillé par le bruit, rejoignit presque aussitôt.