—Non! … Vous n'auriez pu en manger!
—Et pourquoi?
—Parce que ce mouton était piqué de lard, Nizib, vous entendez bien … piqué de lard, … et que le lard n'est point orthodoxe!»
Là-dessus, Bruno se leva de table, frottant son estomac en homme qui a bien soupé; puis, il rentra dans la salle commune, suivi du très déconfit Nizib.
Le seigneur Kéraban, Ahmet et Van Mitten, étendus sur les bancs de bois, n'avaient encore pu trouver un instant de sommeil. La tempête, d'ailleurs, redoublait au dehors. Les ais de la maison de bois gémissaient sous ses coups. On pouvait craindre que le phare ne fût menacé d'une dislocation complète. Le vent ébranlait la porte et les volets des fenêtres, comme s'ils eussent été frappés de quelque bélier formidable. Il fallut les étayer solidement. Mais aux secousses du pylone, encastré dans la muraille, on se rendait compte de ce que pouvaient être, à cinquante pieds au-dessus du toit, les violences de la bourrasque. Le phare résisterait-il à cet assaut, le feu continuerait-il à éclairer les passes d'Atina, où la mer devait être démontée, il y avait doute à cela, un doute plein d'éventualités des plus graves. Il était alors onze heures et demie du soir.
«Il n'est pas possible de dormir ici! dit Kéraban, qui se leva et parcourut à petits pas la salle commune.
—Non, répondit Ahmet, et si la fureur de l'ouragan augmente encore, il y a lieu de craindre pour cette maisonnette! Je pense donc qu'il est bon de nous tenir prêts à tout événement!
—Est-ce que vous dormez, Van Mitten, est-ce que vous pouvez dormir?» demanda Kéraban.
Et il alla secouer son ami.
«Je sommeillais, répondit Van Mitten.