—Mon ami!» ajouta Van Mitten. Kéraban leur saisit la main à tous deux, et montrant les Cosaques, qui se promenaient sur la lisière de la route:
«En chemin de fer! s'écria-t-il. Ces misérables m'ont forcé à monter en chemin de fer! … Moi! … moi!»
Bien évidemment, d'avoir été réduit à ce mode de locomotion, indigne d'un vrai Turc, c'était ce qui excitait chez le seigneur Kéraban la plus violente irritation! Non! il ne pouvait digérer cela! Sa rencontre avec le seigneur Saffar, sa querelle avec cet insolent personnage et ce qui en était suivi, le bris de sa chaise de poste, l'embarras où il allait se trouver pour continuer son voyage, il oubliait tout devant cette énormité: avoir été en chemin de fer! Lui, un vieux croyant!
«Oui! c'est indigne! répondit Ahmet, qui pensa que c'était ou jamais le cas de ne pas contrarier son oncle.
—Oui, indigne! ajouta Van Mitten, mais, après tout, ami Kéraban, il ne vous est rien arrivé de grave….
—Ah! prenez garde à vos paroles, monsieur Van Mitten! s'écria
Kéraban. Rien de grave, dites-vous?»
Un signe d'Ahmet au Hollandais lui indiqua qu'il faisait fausse route. Son vieil ami venait de le traiter de: «Monsieur Van Mitten» et continuait de l'interpeller de la sorte:
«Me direz-vous ce que vous entendez par ces inqualifiables paroles: rien de grave?
—Ami Kéraban, j'entends qu'aucun de ces accidents habituels aux chemins de fer, ni déraillement, ni tamponnement, ni collision….
—Monsieur Van Mitten, mieux vaudrait avoir déraillé! s'écria Kéraban. Oui! par Allah! mieux vaudrait avoir déraillé, avoir perdu bras, jambes et tête, entendez-vous, que de survivre à pareille honte!