«Et maintenant, monsieur le juge, dit Kéraban d'un ton quelque peu sarcastique, maintenant que votre enquête est terminée, rien ne s'oppose, je pense, à ce que nous nous retirions dans nos chambres…. —Cela ne sera pas! s'écria la voyageuse irritée. Non! cela ne sera pas! Un crime a été commis….
—Eh! madame la Kurde! répliqua Kéraban, non sans aigreur, vous n'avez pas la prétention d'empêcher d'honnêtes gens d'aller dormir, quand ils en ont envie!
—Vous le prenez sur un ton, monsieur le Turc!… s'écria le seigneur
Yanar.
—Sur le ton qui convient, monsieur le Kurde.» riposta le seigneur
Kéraban.
Scarpante, pensant que le coup tenté par lui était manqué, puisque les coupables n'avaient point été reconnus, ne vit pas sans une certaine satisfaction cette querelle qui mettait aux prises le seigneur Kéraban et le seigneur Yanar. De là, surgirait peut-être une complication de nature à servir ses projets.
Et, en effet, la dispute s'accentuait, entre ces deux personnages. Kéraban se fût plutôt laissé arrêter, condamner, que de n'avoir pas le dernier mot. Ahmet, lui-même, allait intervenir pour soutenir son oncle, lorsque le juge dit simplement:
«Rangez-vous tous, et qu'on apporte des lumières!»
Maître Kidros, à qui s'adressait cet ordre, s'empressa de le faire exécuter. Un instant après, quatre serviteurs du caravansérail entraient avec des torches, et la cour s'éclairait vivement.
«Que chacun lève la main droite!» dit le juge.
Sur cette injonction, toutes les mains droites furent levées.