C'est encore un des grands tributaires de droite de l'Amazone, et il paraît offrir plus de cinq cents lieues de cours navigable, même à de forts bâtiments. Il s'enfonce dans le sud-ouest et mesure près de quatre mille pieds à son embouchure. Après avoir coulé sous l'ombrage des ficus, des tahuaris, des palmiers «nipas», des cécropias, c'est véritablement par cinq bras qu'il se jette dans l'Amazone[12].
En cet endroit, le pilote Araujo pouvait manoeuvrer avec une grande aisance. Le cours du fleuve était moins obstrué d'îles, et, en outre, sa largeur, d'une rive à l'autre, pouvait être estimée à deux lieues au moins.
Aussi le courant entraînait-il plus uniformément la jangada, qui, le 18 août, s'arrêtait devant le village de Pesquero, pour y passer la nuit.
Le soleil était déjà très bas sur l'horizon, et, avec cette rapidité spéciale aux basses latitudes, il allait tomber presque perpendiculairement, comme un énorme bolide. La nuit devait succéder au jour presque sans crépuscule, comme ces nuits de théâtre que l'on fait en baissant brusquement la rampe.
Joam Garral et sa femme, Lina et la vieille Cybèle étaient devant l'habitation.
Torrès, après avoir un instant tourné autour de Joam Garral, comme s'il voulait lui parler en particulier, gêné peut-être par l'arrivée du padre Passanha qui venait souhaiter le bonsoir à la famille, était enfin rentré dans sa cabine.
Les Indiens et les noirs, étendus le long du bord, se tenaient à leur poste de manoeuvre. Araujo, assis à l'avant, étudiait le courant, dont le fil s'allongeait dans une direction rectiligne.
Manoel et Benito, l'oeil ouvert, mais causant et fumant d'un air indifférent, se promenaient sur la partie centrale de la jangada en attendant l'heure du repos.
Tout à coup, Manoel arrêta Benito de la main et lui dit:
«Quelle singulière odeur? Est-ce que je me trompe? Ne sens-tu pas?… On dirait vraiment…