Une chevrotine dans la tête, près de l'oeil, tirée par Benito, arrêta l'un de ces monstres, qui, mortellement frappé, se débattit avec de violentes convulsions et retomba sur le flanc.
Mais déjà le second était là, il se jetait en avant, et il n'y avait plus moyen de l'éviter.
En effet, l'énorme caïman s'était précipité à la rencontre de Joam Garral, et, après l'avoir renversé d'un coup de queue, il revenait sur lui, les mâchoires ouvertes.
À ce moment, Torrès, s'élançant hors de sa cabine, une hache à la main, en porta un si heureux coup, que le tranchant entra dans la mâchoire du caïman et y resta enfoncé, sans qu'il pût s'en défaire. Aveuglé par le sang, l'animal se lança de côté, et, volontairement ou non, il retomba et se perdit dans le fleuve.
«Minha! Minha!» criait toujours Manoel, éperdu, qui avait gagné l'avant de la jangada.
Tout à coup, la jeune fille apparut. Elle s'était d'abord réfugiée dans la cabane d'Araujo; mais cette cabane venait d'être renversée par la poussée puissante du troisième caïman, et maintenant Minha fuyait vers l'arrière, poursuivie par ce monstre, qui n'était pas à six pieds d'elle.
Minha tomba.
Une deuxième balle, ajustée par Benito, ne put arrêter le caïman! Elle ne frappa que la carapace de l'animal, dont les écailles volèrent en éclats, sans avoir été pénétrée.
Manoel s'élança vers la jeune fille pour la relever, l'emporter, l'arracher à la mort!… Un coup de queue, lancé latéralement par l'animal, le renversa à son tour.
Minha, évanouie, était perdue, et déjà la bouche du caïman s'ouvrait pour la broyer!…