«Prenez garde, dit Torrès. Votre femme ne sait pas qu'elle est la femme de Joam Dacosta, vos enfants ne savent pas qu'ils sont les enfants de Joam Dacosta, et vous allez le leur apprendre!»

Joam Garral s'arrêta. Il reprit tout son empire sur lui-même, et ses traits recouvrèrent leur calme habituel.

«Cette discussion a trop duré, dit-il en marchant vers la porte, et je sais ce qu'il me reste à faire!

Prenez garde, Joam Garral!» dit une dernière fois Torrès, qui ne pouvait croire que son ignoble procédé de chantage eût échoué.

Joam Garral ne lui répondit pas. Il repoussa la porte qui s'ouvrait sous la véranda, il fit signe à Torrès de le suivre, et tous deux s'avancèrent vers le centre de la jangada, où la famille était réunie.

Benito, Manoel, tous, sous l'impression d'une anxiété profonde, s'étaient levés. Ils pouvaient voir que le geste de Torrès était encore menaçant, et que le feu de la colère brillait dans ses yeux.

Par un extraordinaire contraste, Joam Garral était maître de lui, presque souriant. Tous deux s'arrêtèrent devant Yaquita et les siens. Personne n'osait leur adresser la parole. Ce fut Torrès qui, d'une voix sourde et avec son impudence habituelle, rompit ce pénible silence. «Une dernière fois, Joam Garral, dit-il, je vous demande une dernière réponse!

Ma réponse, la voici.»

Et s'adressant à sa femme: «Yaquita, dit-il, des circonstances particulières m'obligent à modifier ce que nous avions décidé antérieurement pour le mariage de Minha et de Manoel.

Enfin!» s'écria Torrès. Joam Garral, sans lui répondre, laissa tomber sur l'aventurier un regard du plus profond dédain.