L'entretien de Joam Garral et de Manoel durait depuis une demi-heure, qui avait paru un siècle à la famille, lorsque la porte de l'habitation se rouvrit enfin.
Manoel en sortit seul.
Ses regards brillaient d'une généreuse résolution.
Allant à Yaquita, il lui dit: «Ma mère!» à Minha, il dit: «Ma femme», à Benito, il dit: «Mon frère», et se tournant vers Lina et Fragoso, il dit à tous: «À demain!»
Il savait tout ce qui s'était passé entre Joam Garral et Torrès. Il savait que, comptant sur l'appui du juge Ribeiro par suite d'une correspondance qu'il avait eue avec lui depuis une année, sans en parler aux siens, Joam Garral était enfin parvenu à l'éclairer et à le convaincre de son innocence. Il savait que Joam Garral avait résolument entrepris ce voyage dans le seul but de faire réviser l'odieux procès dont il avait été victime, et de ne pas laisser peser sur son gendre et sur sa fille le poids de la terrible situation qu'il avait pu et dû accepter trop longtemps pour lui-même!
Oui, Manoel savait tout cela, mais il savait aussi que Joam Garral, ou plutôt Joam Dacosta, était innocent, que son malheur même venait de le lui rendre plus cher et plus sacré!
Ce qu'il ne savait pas, c'était que la preuve matérielle de l'innocence du fazender existait, et que cette preuve était entre les mains de Torrès. Joam Garral avait voulu réserver pour le juge l'usage de cette preuve, qui devait l'innocenter, si l'aventurier avait dit vrai.
Manoel se borna donc à annoncer qu'il allait se rendre chez le padre Passanha, afin de le prier de tout préparer pour les deux mariages.
Le lendemain, le 24 août, une heure à peine avant celle où la cérémonie allait s'accomplir, une grande pirogue, qui s'était détachée de la rive gauche du fleuve, accostait la jangada.
Une douzaine de pagayeurs l'avaient rapidement amenée de Manao, et, avec quelques agents, elle portait le chef de police, qui se fit connaître et monta à bord.