—Et lorsque nous lui avons appris, dit Benito, que mon père et toute sa famille se préparaient à repasser la frontière, il a brusquement changé son plan de conduite?…

—Oui, Benito, parce que Joam Dacosta, une fois sur le territoire brésilien, devait être plus à sa merci qu'au-delà de la frontière péruvienne. Voilà pourquoi nous avons retrouvé Torrès à Tabatinga, où il attendait, où il épiait notre arrivée.

—Et moi qui lui ai offert de s'embarquer sur la jangada! s'écria
Benito avec un mouvement de désespoir.

—Frère, lui dit Manoel, ne te reproche rien! Torrès nous aurait rejoints tôt ou tard! Il n'était pas homme à abandonner une pareille piste! S'il nous eût manqués à Tabatinga, nous l'aurions retrouvé à Manao!

—Oui! Manoel, tu as raison! Mais il ne s'agit plus du passé, maintenant… il s'agit du présent!… Pas de récriminations inutiles! Voyons!…

Et, en parlant ainsi, Benito, passant sa main sur son front, cherchait à ressaisir tous les détails de cette triste affaire.

«Voyons, demanda-t-il, comment Torrès a-t-il pu apprendre que mon père avait été condamné, il y a vingt-trois ans, pour cet abominable crime de Tijuco?

—Je l'ignore, répondit Manoel, et tout me porte à croire que ton père l'ignore aussi.

—Et, cependant, Torrès avait connaissance de ce nom de Garral sous lequel se cachait Joam Dacosta?

—Évidemment.