—Ce mémoire d'abord, répondit Joam Dacosta.

—Ce mémoire était entre vos mains, et rien n'atteste que, si vous n'aviez pas été arrêté, vous en auriez fait l'usage que vous dites.

—Il y a, du moins, monsieur, une pièce qui n'est plus entre mes mains, et dont l'authenticité ne peut être mise en doute.

—Laquelle?

—La lettre que j'ai écrite à votre prédécesseur, le juge
Ribeiro, lettre qui le prévenait de ma prochaine arrivée.

—Ah! vous aviez écrit?…

—Oui, et cette lettre, qui doit être arrivée à son adresse, ne peut tarder à vous être remise!

—Vraiment! répondit le juge Jarriquez d'un ton quelque peu incrédule. Vous aviez écrit au juge Ribeiro?…

—Avant d'être juge de droit de cette province, répondit Joam Dacosta, le juge Ribeiro était avocat à Villa-Rica. C'est lui qui m'a défendu au procès criminel de Tijuco. Il ne doutait pas de la bonté de ma cause. Il a tout fait pour me sauver. Vingt ans plus tard, lorsqu'il est devenu le chef de la justice à Manao, je lui ai fait savoir qui j'étais, où j'étais, ce que je voulais entreprendre. Sa conviction à mon égard n'avait pas changé, et c'est sur son conseil que j'ai quitté la fazenda pour venir, en personne, poursuivre ma réhabilitation. Mais la mort l'a frappé inopinément, et peut-être suis-je perdu, si dans le juge Jarriquez je ne retrouve pas le juge Ribeiro!»

Le magistrat, directement interpellé, fut sur le point de bondir, au mépris de toutes les habitudes de la magistrature assise; mais il parvint à se contenir et se borna à murmurer ces mots: