—Oui, monsieur, répondit Joam Dacosta, si ma vie entière ne plaide pas pour moi!
—Où pensez-vous que soit Torrès actuellement?
—Je pense qu'il doit être à Manao.
—Et vous espérez qu'il parlera, qu'il consentira à vous remettre bénévolement ce document que vous avez refusé de lui payer du prix qu'il en demandait?
—Je l'espère, monsieur, répondit Joam Dacosta. La situation, maintenant, n'est plus la même pour Torrès. Il m'a dénoncé, et par conséquent il ne peut plus conserver un espoir quelconque de reprendre son marché dans les conditions où il voulait le conclure. Mais ce document peut encore lui valoir une fortune, qui, si je suis acquitté ou condamné, lui échappera à jamais. Or, puisque son intérêt est de me vendre ce document, sans que cela puisse lui nuire en aucune façon, je pense qu'il agira suivant son intérêt.»
Le raisonnement de Joam Dacosta était sans réplique. Le juge Jarriquez le sentit bien. Il n'y fit que la seule objection possible:
«Soit, dit-il, l'intérêt de Torrès est sans aucun doute de vous vendre ce document… si ce document existe!
S'il n'existe pas, monsieur, répondit Joam Dacosta d'une voix pénétrante, je n'aurai plus qu'à m'en rapporter à la justice des hommes, en attendant la justice de Dieu!»
Sur ces paroles, le juge Jarriquez se leva, et, d'un ton moins indifférent, cette fois:
«Joam Dacosta, dit-il, en vous interrogeant ici, en vous laissant raconter les particularités de votre vie et protester de votre innocence, je suis allé plus loin que ne le voulait mon mandat. Une information a déjà été faite sur cette affaire, et vous avez comparu devant le jury de Villa-Rica, dont le verdict a été rendu à l'unanimité des voix, sans admission de circonstances atténuantes. Vous avez été condamné pour instigation et complicité dans l'assassinat des soldats et le vol des diamants de Tijuco, la peine capitale a été prononcée contre vous, et ce n'a été que par une évasion que vous avez pu échapper au supplice. Mais, que vous soyez venu vous livrer ou non à la justice, après vingt-trois ans, vous n'en avez pas moins été repris. Une dernière fois, vous reconnaissez que vous êtes bien Joam Dacosta, le condamné dans l'affaire de l'arrayal diamantin?