Dès que le jeune homme se vit devant Torrès, lorsqu'il eut la certitude que celui-ci ne pouvait plus lui échapper, un changement complet se fit dans son attitude, sa poitrine se dégonfla, il retrouva tout son sang-froid, il redevint maître de lui.
Ces deux hommes, depuis quelques instants, se regardaient sans prononcer une parole.
Ce fut Torrès, le premier, qui rompit le silence, et de ce ton d'effronterie dont il avait l'habitude:
«Ah! fit-il, monsieur Benito Garral?
Non! Benito Dacosta! répondit le jeune homme.
En effet, reprit Torrès, monsieur Benito Dacosta, accompagné de monsieur Manoel Valdez et de mon ami Fragoso!»
Sur cette qualification outrageante que lui donnait l'aventurier, Fragoso, très disposé à lui faire un mauvais parti, allait s'élancer, lorsque Benito, toujours impassible, le retint:
«Qu'est-ce qui vous prend, mon brave? s'écria Torrès en reculant de quelques pas. Eh! je crois que je ferais bien de me tenir sur mes gardes!»
Et, tout en parlant, il tira de son poncho une manchetta, cette arme offensive on défensive,—au choix—, qui ne quitte jamais un Brésilien. Puis, à demi courbé, il attendit de pied ferme.
«Je suis venu vous chercher, Torrès, dit alors Benito, qui n'avait pas bougé devant cette attitude provocatrice.