Et pourtant, un peu avant que le soleil eût disparu, Araujo, trouvant inutile de continuer cette opération dans l'obscurité, donna le signal de ralliement aux embarcations, et elles revinrent au confluent du rio Negro, de manière à regagner la jangada.

L'oeuvre, si minutieusement et si intelligemment qu'elle eût été conduite, n'avait pas abouti!

Manoel et Fragoso, en revenant, n'osaient causer de cet insuccès devant Benito. Ne devaient-ils pas craindre que le découragement ne le poussât à quelque acte de désespoir!

Mais ni le courage, ni le sang-froid ne devaient plus abandonner ce jeune homme. Il était résolu à aller jusqu'au bout dans cette suprême lutte pour sauver l'honneur et la vie de son père, et ce fut lui qui interpella ses compagnons en disant:

«À demain! Nous recommencerons, et dans de meilleures conditions, si cela est possible!

—Oui, répondit Manoel, tu as raison, Benito. Il y a mieux à faire! Nous ne pouvons avoir la prétention d'avoir entièrement exploré ce bassin au bas des rives et sur toute l'étendue du fond!

—Non! nous ne le pouvons pas, répondit Araujo, et je maintiens ce que j'ai dit, c'est que le corps de Torrès est là, c'est qu'il est là, parce qu'il n'a pu être entraîné, parce qu'il n'a pu passer le barrage de Frias, parce qu'il faut plusieurs jours pour qu'il remonte à la surface et puisse être emporté en aval! Oui! il y est, et que jamais dame-jeanne de tafia ne s'approche de mes lèvres si je ne le retrouve pas!»

Cette affirmation, dans la bouche du pilote, avait une grande valeur, et elle était de nature à rendre l'espoir.

Cependant Benito, qui ne voulait plus se payer de mots et préférait voir les choses telles qu'elles étaient, crut devoir répondre:

«Oui, Araujo, le corps de Torrès est encore dans ce bassin, et nous le retrouverons, si…