Soudain une secousse, aussi violente qu'inattendue, fit vibrer tout son être! Une longue lanière lui cinglait le corps, et, malgré l'épais vêtement du scaphandre, il se sentit fouetté à coups redoublés.

«Un gymnote!» se dit-il.

Ce fut le seul mot qui put s'échapper de ses lèvres.

Et en effet, c'était un «puraqué», nom que les Brésiliens donnent au gymnote ou couleuvre électrique, qui venait de s'élancer sur lui.

Personne n'ignore ce que sont ces sortes d'anguilles à peau noirâtre et gluante, munies le long du dos et de la queue d'un appareil qui, composé de lames jointes par de petites lamelles verticales, est actionné par des nerfs d'une très grande puissance. Cet appareil, doué de singulières propriétés électriques, est apte à produire des commotions redoutables. De ces gymnotes, les uns ont à peine la taille d'une couleuvre, les autres mesurent jusqu'à dix pieds de longueur; d'autres, plus rares, en dépassent quinze et vingt sur une largeur de huit à dix pouces.

Les gymnotes sont assez nombreux, aussi bien dans l'Amazone que dans ses affluents, et c'était une de ces «bobines» vivantes, longue de dix pieds environ, qui, après s'être détendue comme un arc, venait de se précipiter sur le plongeur.

Benito comprit tout ce qu'il avait à craindre de l'attaque de ce redoutable animal. Son vêtement était impuissant à le protéger. Les décharges du gymnote, d'abord peu fortes, devinrent de plus en plus violentes, et il allait en être ainsi jusqu'au moment où, épuisé par la dépense du fluide, il serait réduit à l'impuissance.

Benito, ne pouvant résister à de telles commotions, était tombé à demi sur le sable. Ses membres se paralysaient peu à peu sous les effluences électriques du gymnote, qui se frottait lentement sur son corps et l'enlaçait de ses replis. Ses bras mêmes ne pouvaient plus se soulever. Bientôt son bâton lui échappa, et sa main n'eut pas la force de saisir le cordon du timbre pour donner le signal.

Benito se sentit perdu. Ni Manoel ni ses compagnons ne pouvaient imaginer quel horrible combat se livrait au-dessous d'eux entre un redoutable puraqué et le malheureux plongeur, qui ne se débattait plus qu'à peine, sans pouvoir se défendre.

Et cela, au moment où un corps—le corps de Torrès sans doute!— venait de lui apparaître!