Que s'était-il passé? Un phénomène purement physique, dont voici l'explication.
La canonnière de l'État Santa-Ana, à destination de Manao, qui remontait le cours de l'Amazone, venait de franchir la passe de Frias. Un peu avant d'arriver à l'embouchure du rio Negro, elle avait hissé ses couleurs et salué d'un coup de canon le pavillon brésilien. À cette détonation, un effet de vibration s'était produit à la surface des eaux, et ces vibrations, se propageant jusqu'au fond du fleuve, avaient suffi à relever le corps de Torrès, déjà allégé par un commencement de décomposition, en facilitant la distension de son système cellulaire. Le corps du noyé venait de remonter tout naturellement à la surface de l'Amazone.
Ce phénomène, bien connu, expliquait la réapparition du cadavre, mais, il faut en convenir, il y avait eu coïncidence heureuse dans cette arrivée de la _Santa-Ana__ _sur le théâtre des recherches.
À un cri de Manoel, répété par tous ses compagnons, l'une des pirogues s'était dirigée immédiatement vers le corps, pendant que l'on ramenait le plongeur au radeau.
Mais, en même temps, quelle fut l'indescriptible émotion de Manoel, lorsque Benito, halé jusqu'à la plate-forme, y fut déposé dans un état de complète inertie, et sans que la vie se trahît encore en lui par un seul mouvement extérieur.
N'était-ce pas un second cadavre que venaient de rendre là les eaux de l'Amazone?
Le plongeur fut, aussi rapidement que possible, dépouillé de son vêtement de scaphandre.
Benito avait entièrement perdu connaissance sous la violence des décharges du gymnote.
Manoel, éperdu, l'appelant, lui insufflant sa propre respiration, chercha à retrouver les battements de son coeur.
«Il bat! il bat!» s'écria-t-il.