Sur l'ordre d'entrer, qui fut donné d'une voix impatiente, la porte s'ouvrit, et Manoel se présenta.
Le jeune médecin avait laissé ses amis, à bord de la jangada, aux prises avec cet indéchiffrable document, et il était venu revoir le juge Jarriquez. Il voulait savoir s'il avait été plus heureux dans ses recherches. Il venait lui demander s'il avait enfin découvert le système sur lequel reposait le cryptogramme.
Le magistrat ne fut pas fâché de voir arriver Manoel.
Il en était à ce degré de surexcitation du cerveau que la solitude exaspère. Quelqu'un à qui parler, voilà ce qu'il lui fallait, surtout si son interlocuteur se montrait aussi désireux que lui de pénétrer ce mystère. Manoel était donc bien son homme.
«Monsieur, lui dit en entrant Manoel, une première question.
Avez-vous mieux réussi que nous?…
Asseyez-vous d'abord, s'écria le juge Jarriquez, qui, lui, se leva et se mit à arpenter la chambre. Asseyez-vous! Si nous étions debout tous les deux, vous marcheriez dans un sens, moi de l'autre, et mon cabinet serait trop étroit pour nous contenir!»
Manoel s'assit et répéta sa question.
«Non!… je n'ai pas été plus heureux! répondit le magistrat. Je n'en sais pas davantage. Je ne peux rien vous dire, sinon que j'ai acquis une certitude!
Laquelle, monsieur, laquelle?
—C'est que le document est basé, non sur des signes conventionnels, mais sur ce qu'on appelle «chiffre» en cryptologie, ou, pour mieux dire, sur un nombre!