Et cependant le juge Jarriquez ne songeait pas à abandonner sa tâche. S'il ne comptait plus maintenant que sur le hasard, il fallait, il voulait que ce hasard lui vînt en aide! Il cherchait à le provoquer par tous les moyens possibles et impossibles! Chez lui, c'était devenu de la frénésie, de la rage, et, ce qui est pis, de la rage impuissante!
Ce qu'il essaya de nombres différents pendant cette dernière partie de la journée,—nombres toujours pris arbitrairement—, ne saurait se concevoir! Ah! s'il avait eu le temps, il n'aurait pas hésité à se lancer dans les millions de combinaisons que les dix signes de la numération peuvent former! Il y eût consacré sa vie tout entière, au risque de devenir fou avant l'année révolue! Fou! Eh! ne l'était-il pas déjà!
Il eut alors la pensée que le document devait, peut-être, être lu à l'envers. C'est pourquoi, le retournant et l'exposant à la lumière, il le reprit de cette façon.
Rien! Les nombres déjà imaginés et qu'il essaya sous cette nouvelle forme ne donnèrent aucun résultat!
Peut-être fallait-il prendre le document à rebours, et le rétablir en allant de la dernière lettre à la première, ce que son auteur pouvait avoir combiné pour en rendre la lecture plus difficile encore!
Rien! Cette nouvelle combinaison ne fournit qu'une série de lettres complètement énigmatiques!
À huit heures du soir, le juge Jarriquez, la tête entre les mains, brisé, épuisé moralement et physiquement, n'avait plus la force de remuer, de parler, de penser, d'associer une idée à une autre!
Soudain, un bruit se fit entendre en dehors. Presque aussitôt, malgré ses ordres formels, la porte de son cabinet s'ouvrit brusquement.
Benito et Manoel étaient devant lui, Benito, effrayant à voir, Manoel le soutenant, car l'infortuné jeune homme n'avait plus la force de se soutenir lui-même.
Le magistrat s'était vivement relevé.