Benito et Manoel, dès l'aube, quittèrent donc la jangada et se dirigèrent vers Manao. Ils arrivèrent rapidement à la ville et s'enfoncèrent dans les étroites rues, encore désertes à cette heure. En quelques minutes, tous deux se trouvaient devant la prison, et ils parcouraient en tous sens ces terrains vagues, sur lesquels se dressait l'ancien couvent qui servait de maison d'arrêt.

C'était la disposition des lieux qu'il convenait d'étudier avec le plus grand soin.

Dans un angle du bâtiment s'ouvrait, à vingt-cinq pieds au-dessus du sol, la fenêtre de la cellule dans laquelle Joam Dacosta était enfermé. Cette fenêtre était défendue par une grille de fer en assez mauvais état, qu'il serait facile de desceller ou de scier, si l'on pouvait s'élever à sa hauteur. Les pierres du mur mal jointes, effritées en maints endroits, offraient de nombreuses saillies qui devaient assurer au pied un appui solide, s'il était possible de se hisser au moyen d'une corde. Or, cette corde, en la lançant adroitement, peut-être parviendrait-on à la tourner à l'un des barreaux de la grille, dégagé de son alvéole, qui formait crochet à l'extérieur. Cela fait, un ou deux barreaux étant enlevés de manière à pouvoir livrer passage à un homme, Benito et Manoel n'auraient plus qu'à s'introduire dans la chambre du prisonnier, et l'évasion s'opérerait sans grandes difficultés, au moyen de la corde attachée à l'armature de fer. Pendant la nuit que l'état du ciel devait rendre très obscure, aucune de ces manoeuvres ne serait aperçue, et Joam Dacosta, avant le jour, pourrait être en sûreté.

Durant une heure, Manoel et Benito, allant et venant, de manière à ne pas attirer l'attention, prirent leurs relèvements avec une précision extrême, tant sur la situation de la fenêtre et la disposition de l'armature que sur l'endroit qui serait le mieux choisi pour lancer la corde.

«Cela est convenu ainsi, dit alors Manoel. Mais Joam Dacosta devra-t-il être prévenu?

—Non, Manoel! Ne lui donnons pas plus que nous ne l'avons donné à ma mère le secret d'une tentative qui peut échouer!

—Nous réussirons, Benito! répondit Manoel. Cependant il faut tout prévoir, et au cas où l'attention du gardien-chef de la prison serait attirée au moment de l'évasion…

—Nous aurons tout l'or qu'il faudra pour acheter cet homme! répondit Benito.

—Bien, répondit Manoel. Mais, une fois notre père hors de la prison, il ne peut rester caché ni dans la ville ni sur la jangada. Où devra-t-il chercher refuge?»

C'était la seconde question à résoudre, question très grave, et voici comment elle le fut.