Les deux jeunes gens ne s'attendaient pas à cette résistance. Jamais ils n'auraient pu penser que les obstacles à cette évasion viendraient du prisonnier lui-même.

Benito s'avança vers son père, et, le regardant bien en face, il lui prit les deux mains, non pour l'entraîner, mais pour qu'il l'entendît et se laissât convaincre.

«Jamais, avez-vous dit, mon père?

Jamais.

—Mon père, dit alors Manoel,—moi aussi j'ai le droit de vous donner ce nom—, mon père, écoutez-nous! Si nous vous disons qu'il faut fuir sans perdre un seul instant, c'est que, si vous restiez, vous seriez coupable envers les autres, envers vous-même!

—Rester, reprit Benito, c'est attendre la mort, mon père! L'ordre d'exécution peut arriver d'un moment à l'autre! Si vous croyez que la justice des hommes reviendra sur un jugement inique, si vous pensez qu'elle réhabilitera celui qu'elle a condamné il y a vingt ans, vous vous trompez! Il n'y a plus d'espoir! Il faut fuir!… Fuyez!»

Par un mouvement irrésistible, Benito avait saisi son père, et il l'entraîna vers la fenêtre.

Joam Dacosta se dégagea de l'étreinte de son fils, et recula une seconde fois.

«Fuir! répondit-il, du ton d'un homme dont la résolution est inébranlable, mais c'est me déshonorer et vous déshonorer avec moi! Ce serait comme un aveu de ma culpabilité! Puisque je suis librement venu me remettre à la disposition des juges de mon pays, je dois attendre leur décision, quelle qu'elle soit, et je l'attendrai!

—Mais les présomptions sur lesquelles vous vous appuyez ne peuvent suffire, reprit Manoel, et la preuve matérielle de votre innocence nous manque jusqu'ici! Si nous vous répétons qu'il faut fuir, c'est que le juge Jarriquez lui-même nous l'a dit! Vous n'avez plus maintenant que cette chance d'échapper à la mort!