«Allons à la bibliothèque, dit-elle! Prenons tous les livres, toutes les cartes qui peuvent nous faire connaître ce bassin magnifique! Il ne s'agit pas de voyager en aveugles! Je veux tout voir et tout savoir de ce roi des fleuves de la terre!»
CHAPITRE CINQUIÈME L'AMAZONE
«Le plus grand fleuve du monde entier[5]!» disait le lendemain
Benito à Manoel Valdez.
Et à ce moment, tous deux, assis sur la berge, à la limite méridionale de la fazenda, regardaient passer lentement ces molécules liquides qui, parties de l'énorme chaîne des Andes, allaient se perdre à huit cents lieues de là, dans l'océan Atlantique.
«Et le fleuve qui débite à la mer le volume d'eau le plus considérable! répondit Manoel.
—Tellement considérable, ajouta Benito, qu'il la dessale à une grande distance de son embouchure, et, à quatre-vingts lieues de la côte, fait encore dériver les navires!
—Un fleuve dont le large cours se développe sur plus de trente degrés en latitude!
—Et dans un bassin qui, du sud au nord, ne comprend pas moins de vingt-cinq degrés!
—Un bassin! s'écria Benito. Mais est-ce donc un bassin que cette vaste plaine à travers laquelle court l'Amazone, cette savane qui s'étend à perte de vue, sans une colline pour en maintenir la déclivité, sans une montagne pour en délimiter l'horizon!
—Et, sur toute son étendue, reprit Manoel, comme les mille tentacules de quelque gigantesque poulpe, deux cents affluents, venant du nord ou du sud, nourris eux-mêmes par des sous-affluents sans nombre, et près desquels les grands fleuves de l'Europe ne sont que de simples ruisseaux!