Aussi les remerciements ne lui manquèrent-ils pas!

Il va sans dire que, le jour même, partait pour Rio de Janeiro un rapport détaillé sur toute cette affaire, auquel était joint le document original, avec le chiffre qui permettait de le lire. Il fallait attendre que de nouvelles instructions fussent envoyées du ministère au juge de droit, et nul doute qu'elles n'ordonnassent l'élargissement immédiat du prisonnier.

C'était quelques jours à passer encore à Manao; puis, Joam Dacosta et les siens, libres de toute contrainte, dégagés de toute inquiétude, prendraient congé de leur hôte, se rembarqueraient, et continueraient à descendre l'Amazone jusqu'au Para, où le voyage devait se terminer par la double union de Minha et de Manoel, de Lina et de Fragoso, conformément au programme arrêté avant le départ.

Quatre jours après, le 4 septembre, arrivait l'ordre de mise en liberté. Le document avait été reconnu authentique. L'écriture en était bien celle de cet Ortega, l'ancien employé du district diamantin, et il n'était pas douteux que l'aveu de son crime, avec les plus minutieux détails qu'il en donnait, n'eût été entièrement écrit de sa main.

L'innocence du condamné de Villa-Rica était enfin admise. La réhabilitation de Joam Dacosta était judiciairement reconnue.

Le jour même, le juge Jarriquez dînait avec la famille à bord de la jangada, et, le soir venu, toutes les mains pressaient les siennes. Ce furent de touchants adieux; mais ils comportaient l'engagement de se revoir à Manao, au retour, et, plus tard, à la fazenda d'Iquitos.

Le lendemain matin, 5 septembre, au lever du soleil, le signal du départ fut donné. Joam Dacosta, Yaquita, leur fille, leurs fils, tous étaient sur le pont de l'énorme train. La jangada, démarrée, commença à prendre le fil du courant, et, lorsqu'elle disparut au tournant du rio Negro, les hurrahs de toute la population, pressée sur la rive, retentissaient encore.

CHAPITRE VINGTIÈME LE BAS-AMAZONE

Que dire maintenant de cette seconde partie du voyage qui allait s'accomplir sur le cours du grand fleuve? Ce ne fut qu'une suite de jours heureux pour l'honnête famille. Joam Dacosta revivait d'une vie nouvelle, qui rayonnait sur tous les siens.

La jangada dériva plus rapidement alors sur ces eaux encore gonflées par la crue. Elle laissa sur la gauche le petit village de Don Jose de Maturi, et, sur la droite, l'embouchure de cette Madeira, qui doit son nom à la flottille d'épaves végétales, à ces trains de troncs dénudés ou verdoyants qu'elle apporte du fond de la Bolivie. Elle passa au milieu de l'archipel Caniny, dont les îlots sont de véritables caisses à palmiers, devant le hameau de Serpa, qui, successivement transporté d'une rive à l'autre, a définitivement assis sur la gauche du fleuve ses maisonnettes, dont le seuil repose sur le tapis jaune de la grève. Le village de Silves, bâti sur la gauche de l'Amazone, la bourgade de Villa-Bella, qui est le grand marché de guarana de toute la province, restèrent bientôt en arrière du long train de bois. Ainsi fut-il du village de Faro et de sa célèbre rivière de Nhamundas, sur laquelle, en 1539, Orellana prétendit avoir été attaqué par des femmes guerrières qu'on n'a jamais revues depuis cette époque, légende qui a suffi pour justifier le nom immortel du fleuve des Amazones.