Après de telles constatations, il est donc permis d'affirmer que le bassin de l'Amazone n'a rien des chaleurs torrides des contrées de l'Asie et de l'Afrique, traversées par les mêmes parallèles.

La vaste plaine qui lui sert de vallée est tout entière accessible aux larges brises que lui envoie l'océan Atlantique.

Aussi les provinces auxquelles le fleuve a donné son nom ont-elles l'incontestable droit de se dire les plus salubres d'un pays qui est déjà l'un des plus beaux de la terre.

Et qu'on ne croie pas que le système hydrographique de l'Amazone ne soit pas connu!

Dès le XVIe siècle, Orellana, lieutenant de l'un des frères Pizarre, descendait le rio Negro, débouchait dans le grand fleuve en 1540, s'aventurait sans guide à travers ces régions, et, après dix-huit mois d'une navigation dont il a fait un récit merveilleux, il atteignait son embouchure.

En 1636 et 1637, le Portugais Pedro Texeira remontait l'Amazone jusqu'au Napo avec une flottille de quarante-sept pirogues.

En 1743, La Condamine, après avoir mesuré l'arc du méridien à l'Équateur, se séparait de ses compagnons, Bouguer et Godin des Odonais, s'embarquait sur le Chincipé, le descendait jusqu'à son confluent avec le Marafion, atteignait l'embouchure du Napo, le 31 juillet, à temps pour observer une émersion du premier satellite de Jupiter,—ce qui permit à ce «Humboldt du XVIIe siècle» de fixer exactement la longitude et la latitude de ce point—, visitait les villages des deux rives, et, le 6 septembre, arrivait devant le fort de Para. Cet immense voyage devait avoir des résultats considérables: non seulement le cours de l'Amazone était établi d'une façon scientifique, mais il paraissait presque certain qu'il communiquait avec l'Orénoque.

Cinquante-cinq ans plus tard, Humboldt et Bonpland complétaient les précieux travaux de La Condamine en levant la carte du Marañon jusqu'au rio Napo.

Eh bien, depuis cette époque l'Amazone n'a pas cessé d'être visité en lui-même et dans tous ses principaux affluents.

En 1827 Lister-Maw, en 1834 et 1835 l'Anglais Smyth, en 1844 le lieutenant français commandant la Boulonnaise, le Brésilien Valdez en 1840, le Français Paul Marcoy de 1848 à 1860, le trop fantaisiste peintre Biard en 1859, le professeur Agassiz de 1865 à 1866, en 1867 l'ingénieur brésilien Franz Keller-Linzenger, et enfin en 1879 le docteur Crevaux, ont exploré le cours du fleuve, remonté divers de ses affluents et reconnu la navigabilité des principaux tributaires.