—Certainement, répondit Fragoso; la vieille Cybèle, depuis cinquante ans dans la ferme, et une jolie mulâtresse, mademoiselle Lina, qui est plutôt la compagne que la suivante de sa jeune maîtresse. Ah! quelle aimable nature! quel coeur et quels yeux! Et des idées à elle sur toutes choses, en particulier sur les lianes…»
Fragoso, lancé sur cette voie, n'aurait pu s'arrêter sans doute, et Lina allait être l'objet de ses déclarations enthousiastes, si Torrès n'eût quitté l'escabeau pour faire place à un autre client.
«Que vous dois-je? demanda-t-il au barbier.
—Rien, répondit Fragoso. Entre compatriotes qui se rencontrent sur la frontière, il ne peut être question de cela!
—Cependant, répondit Torrès, je voudrais…
—Eh bien, nous règlerons plus tard, à bord de la jangada.
—Mais je ne sais, répondit Torrès, si j'oserai demander à Joam
Garral de me permettre…
—N'hésitez pas! s'écria Fragoso. Je lui en parlerai, si vous l'aimez mieux, et il se trouvera très heureux de pouvoir vous être utile en cette circonstance.»
En ce moment, Manoel et Benito, qui étaient venus à la ville, après leur dîner, se montrèrent à la porte de la loja, désireux de voir Fragoso dans l'exercice de ses fonctions.
Torrès s'était retourné vers eux, et tout à coup: «Eh! voilà deux jeunes gens que je connais ou plutôt que je reconnais! s'écria-t-il.