Un serpent-fouet, de la plus maligne espèce, venait d'être coupé en deux par la baguette qu'un Indou tenait à la main, et cela, au moment même où le venimeux reptile s'élançait sur le colonel.
Cet Indou était celui que j'avais déjà remarqué. Son intervention rapide avait certainement sauvé sir Edward Munro d'une mort immédiate, comme il nous fut donné de le voir.
En effet, les cris que nous avions entendus étaient poussés par un des serviteurs du kraal, qui se tordait sur le sol dans les dernières contorsions de l'agonie.
Par une déplorable fatalité, la tête du serpent, coupée net, avait sauté sur sa poitrine, ses crochets s'y étaient fixés, et le malheureux, pénétré par le subtile poison, expirait en moins d'une minute, sans qu'il eût été possible de lui porter secours.
Tout d'abord atterrés par cet affreux spectacle, nous nous étions ensuite précipités vers le colonel Munro.
«Tu n'as pas été touché? demanda Banks, qui lui saisit précipitamment la main.
—Non, Banks, rassure-toi.» répondit sir Edward Munro. Puis, se relevant et allant vers l'Indou, auquel il devait la vie: «Merci, ami,» lui dit-il. L'Indou, d'un geste, fit comprendre qu'aucun remerciement ne lui était dû pour cela. «Quel est ton nom? lui demanda le colonel Munro.
—Kâlagani,» répondit l'Indou.
CHAPITRE III
Le kraal.
La mort de ce malheureux nous avait vivement impressionnés, surtout dans les conditions où elle venait de se produire. Mais la morsure du serpent-fouet, l'un des plus venimeux de la péninsule, ne pardonne pas. C'était une victime de plus à ajouter aux milliers que font annuellement dans l'Inde ces redoutables reptiles.[7]