Et Mathias Van Guitt, levant les bras, renversant la tête et le tronc en arrière par une involontaire extension des muscles abdominaux, laissa échapper quelques bâillements significatifs.

Donc, quand il eut bien «pendiculé» tout à son aise, il nous fit un dernier geste d'adieu, entra dans sa case, et, sans doute, il ne tarda pas à s'y endormir. «Et nous, qu'allons-nous faire? demandai-je.

—Promenons-nous, Maucler, me répondit le capitaine Hod, promenons-nous dans le kraal. La nuit est belle, et je serai plus dispos au départ, que si je me mettais trois ou quatre heures de sommeil sur les yeux. D'ailleurs, si le sommeil est notre meilleur ami, c'est un ami qui souvent se fait bien attendre!»

Nous voilà donc arpentant le kraal, songeant et causant tour à tour. Storr, «que son meilleur ami n'avait pas l'habitude de faire attendre», était couché au pied d'un arbre et dormait déjà. Les chikaris et les charretiers s'étaient également blottis dans leur coin, et il n'y avait plus personne qui veillât dans l'enceinte.

C'était inutile, en somme, puisque le kraal, entouré d'une solide palissade, était parfaitement clos.

Kâlagani alla s'assurer lui-même que la porte avait été soigneusement fermée; puis, cela fait, après nous avoir donné le bonsoir en passant, il regagna la demeure commune à ses compagnons et à lui.

Le capitaine Hod et moi, nous étions absolument seuls.

Non seulement les gens de Van Guitt, mais les animaux domestiques et les fauves dormaient également, ceux-ci dans leurs cages, ceux-là groupés sous les grands arbres, à l'extrémité du kraal. Silence complet au dedans comme au dehors.

Notre promenade nous amena d'abord vers la place occupée par les buffles. Ces magnifiques ruminants, doux et dociles, n'étaient pas même entravés. Habitués à reposer sous le feuillage de gigantesques érables, nous les voyions là, tranquillement étendus, les cornes enchevêtrées, les pattes repliées sous eux, et l'on entendait une lente et bruyante respiration qui sortait de ces masses énormes.

Ils ne se réveillèrent même pas à notre approche. L'un deux, seulement, redressa un instant sa grosse tête, jeta sur nous ce regard sans fixité qui est particulier aux animaux de cette espèce, puis il se confondit de nouveau dans l'ensemble.