Le capitaine Hod et moi, nous n'avions eu ni le temps ni la possibilité de rejoindre Mathias Van Guitt.
«Maucler! Maucler!» cria le capitaine Hod, dont le bras droit venait d'être déchiré par un coup de griffe.
D'un coup de sa queue, un énorme tigre m'avait jeté à terre. Je me relevais au moment où l'animal revenait sur moi, et je courus au capitaine Hod pour lui porter secours.
Un seul refuge nous restait alors: c'était le compartiment vide de la sixième cage. En un instant, Hod et moi nous nous y étions blottis, et la porte refermée nous mettait momentanément à l'abri des fauves, qui se jetèrent en hurlant sur les barreaux de fer.
Tel fut alors l'acharnement de ces bêtes furieuses, joint à la colère des tigres emprisonnés dans les compartiments voisins, que la cage, oscillant sur ses roues, fut sur le point d'être chavirée.
Mais les tigres l'abandonnèrent bientôt pour s'attaquer à quelque proie plus sûre.
Quelle scène, dont nous ne perdions aucun détail, en regardant à travers les barreaux de notre compartiment!
«C'est le monde renversé! s'écria le capitaine Hod, qui enrageait.
Eux dehors, et nous dedans!
—Et votre blessure? demandai-je.
—Ce n'est rien!» Cinq ou six coups de feu éclatèrent en ce moment. Ils partaient de la case, occupée par Mathias Van Guitt, contre laquelle s'acharnaient deux tigres et trois panthères. L'un de ces animaux tomba foudroyé d'une balle explosible, qui devait sortir de la carabine de Storr. Quant aux autres, ils s'étaient tout d'abord précipités sur le groupe des buffles, et ces malheureux ruminants allaient se trouver sans défense contre de tels adversaires. Fox, Kâlagani et les Indous, qui avaient dû jeter leurs armes pour grimper plus vite dans les arbres, ne pouvaient leur venir en aide. Cependant, le capitaine Hod, passant sa carabine à travers les barreaux de notre cage, fit feu. Bien que son bras droit, à demi paralysé par sa blessure, ne lui permît pas de tirer avec sa précision habituelle, il eut la chance d'abattre son quarante-neuvième tigre. À ce moment, les buffles, affolés, se précipitèrent en beuglant à travers l'enceinte. Vainement, ils essayèrent de faire tête aux tigres, qui, par des bonds formidables, échappaient aux coups de cornes. L'un d'eux, coiffé d'une panthère, dont les griffes lui déchiraient le garrot, arriva devant la porte du kraal et s'élança au dehors. Cinq ou six autres, serrés de plus près par les fauves, s'échappèrent à sa suite et disparurent. Quelques-uns des tigres se mirent à leur poursuite; mais ceux de ces buffles qui n'avaient pu abandonner le kraal, égorgés, éventrés, gisaient déjà sur le sol. Cependant, d'autres coups de feu éclataient à travers les fenêtres de la case. De notre côté, le capitaine Hod et moi, nous faisions de notre mieux. Un nouveau danger nous menaçait. Les animaux renfermés dans les cages, surexcités par l'acharnement de la lutte, l'odeur du sang, les hurlements de leurs congénères, se débattaient avec une indescriptible violence. Allaient-ils parvenir à briser leurs barreaux? Nous devions véritablement le craindre. En effet, une des cages à tigres fui renversée. Je crus un instant que ses parois rompues leur avaient livré passage!… Il n'en était rien, heureusement, et les prisonniers ne pouvaient même plus voir ce qui se passait au dehors, puisque c'était la face grillagée de leur cage qui posait sur le sol.