—Proboscidiens!… dit le capitaine Hod, en souvenir de son ami
Mathias Van Guitt.

—Et les mahouts les forcent d'entrer dans le courant, reprit Banks. Tout d'abord, l'animal hésite, il recule, il pousse des hennissements; mais, prenant bientôt son parti, il entre dans le fleuve, il se met à la nage et traverse bravement le cours d'eau. Quelques-uns, j'en conviens, sont parfois entraînés et disparaissent au milieu des rapides; mais c'est assez rare, lorsqu'ils sont dirigés par un guide adroit.

—Bon! dit le capitaine Hod, si nous n'avons pas «des» éléphants, nous en avons un…

—Et celui-là nous suffira, répondit Banks. N'est-il pas semblable à cet Oructor Amphibolis de l'Américain Evans, qui, dès 1804, roulait sur la terre et nageait sur les eaux?»

Chacun reprit sa place dans le train, Kâlouth à son foyer, Storr dans sa tourelle, Banks près de lui, faisant office de timonier.

Il fallait franchir une cinquantaine de pieds sur la berge inondée, avant d'atteindre les premières nappes du courant. Doucement, le Géant d'Acier s'ébranla et se mit en marche. Ses larges pattes se mouillèrent, mais il ne flottait pas encore. Le passage du terrain solide à la surface liquide ne devait se faire qu'avec précaution.

Soudain, le bruit de cette agitation qui s'était produite pendant la nuit, se propagea jusqu'à nous. Une centaine d'individus, gesticulant et grimaçant, venaient de sortir du bois. «Mille diables! C'étaient des singes!» s'écria le capitaine Hod, en riant de bon coeur. Et, en effet, toute une troupe de ces représentants de la gent simiesque s'avançait vers Steam-House en un groupe compact. «Que veulent-ils? demanda Mac Neil.

—Nous attaquer, sans doute! répondit le capitaine Hod, toujours prêt à la défense.

—Non! Il n'y a rien à craindre, dit Kâlagani, qui avait eu le temps d'observer la bande de singes.

—Mais enfin que veulent-ils? demanda une seconde fois le sergent
Mac Neil.