Tout d'abord, ils trouvèrent, épars sur le sol, cinq ou six cadavres mutilés. C'étaient ceux des assaillants, qui s'étaient jetés sur le Géant d'Acier, afin de dégager Nana Sahib.

Mais c'était tout. Du reste de la bande, il n'y avait plus trace. Au lieu de retourner à leur repaire de Ripore, maintenant connu, les derniers fidèles de Nana Sahib avaient dû se disperser dans la vallée de la Nerbudda.

Quant au Géant d'Acier, il était entièrement détruit par l'explosion de la chaudière. L'une de ses larges pattes avait été rejetée à une grande distance. Une partie de sa trompe, lancée contre le talus, s'y était enfoncée et ressortait comme un bras gigantesque. Partout des tôles gondolées, des écrous, des boulons, des grilles, des débris de cylindre, des articulations de bielles. Au moment de l'explosion, lorsque les soupapes chargées ne pouvaient plus lui offrir d'issue, la tension de la vapeur avait du être effroyable et dépasser peut-être vingt atmosphères.

Et maintenant, de l'éléphant artificiel dont les hôtes de Steam-House se montraient si fiers, de ce colosse qui provoquait la superstitieuse admiration des Indous, du chef-d'oeuvre mécanique de l'ingénieur Banks, de ce rêve réalisé du fantaisiste rajah de Bouthan, il ne restait plus rien qu'une carcasse méconnaissable et sans valeur!

«Pauvre bête! ne put s'empêcher de s'écrier le capitaine Hod, devant le cadavre de son cher Géant d'Acier.

—On pourra en fabriquer un autre… un autre, qui sera plus puissant encore! dit Banks.

—Sans doute, répondit le capitaine, en laissant échapper un gros soupir, mais ce ne sera plus lui!»

Pendant qu'ils se livraient à ces investigations, l'ingénieur et ses compagnons eurent la pensée de rechercher s'ils ne trouveraient pas quelques restes de Nana Sahib. À défaut de la figure du nabab, facile à reconnaître, celle de ses mains à laquelle il manquait un doigt leur eût suffi pour constater l'identité. Ils auraient bien voulu avoir cette preuve incontestable de la mort de celui qu'on ne pouvait plus confondre avec Balao Rao, son frère.

Mais aucun des débris sanglants, qui jonchaient le sol, ne semblait avoir appartenu à celui qui fut Nana Sahib. Ses fanatiques avaient-ils emporté jusqu'au dernier vestige de ses reliques? Cela était plus que probable.

Il devait néanmoins en résulter ceci: c'est que, puisqu'il n'y avait aucune preuve certaine de la mort de Nana Sahib, la légende allait reprendre ses droits; c'est que, dans l'esprit des populations de l'Inde centrale, l'insaisissable nabab passerait toujours pour vivant, en attendant que l'on fit un dieu immortel de l'ancien chef des Cipayes.