—Maintenant, il faut continuer l'oeuvre commencée. Le mouvement sera national, cette fois. Que dans les villes, dans les champs, les Indous se soulèvent, et bientôt les Cipayes auront fait cause commune avec eux. J'ai parcouru le centre et le nord du Dekkan. Partout, j'ai retrouvé les esprits disposés à la révolte. Pas de ville, de bourgade, où nous n'ayons des chefs prêts à agir. Les brahmanes fanatiseront le peuple. La religion, cette fois, entraînera les sectateurs de Siva et de Vishnou. À l'époque qui sera déterminée, au signal convenu, des millions d'Indous se soulèveront, et l'armée royale sera anéantie!
—Et Dandou-Pant?… demanda Balao Rao, qui saisit la main de son frère.
—Dandou-Pant, répondit le Nana, ne sera pas seulement le Peïschwah couronné au château-fort de Bilhour! Ce sera alors le souverain de la terre sacrée des Indes!» Cela dit, Nana Sahib, les bras croisés, le regard vague de ceux qui observent, non plus le passé ou le présent, mais l'avenir, resta silencieux.
Balao Rao se gardait bien de l'interrompre. Il lui plaisait de laisser cette âme farouche s'enflammer à ses propres éléments, et, au besoin, il était là pour attiser tout le feu qui couvait en lui. Nana Sahib ne pouvait avoir un complice plus étroitement lié à sa personne, un conseiller plus ardent à le pousser vers son but. On l'a dit, c'était un autre lui-même.
Le Nana, après quelques minutes de silence, releva la tête, et revint à la situation présente. «Où sont nos compagnons? demanda-t-il.
—Aux cavernes d'Adjuntah, là où il a été convenu qu'ils nous attendraient, répondit Balao Rao.
—Et nos chevaux?
—Je les ai laissés à une portée de fusil, sur la route qui conduit d'Ellora à Boregami.
—C'est Kâlagani qui les garde?
—Lui-même, frère. Ils sont bien gardés, bien refaits, bien reposés, et n'attendent que nous pour partir.