À neuf heures du soir, nous avions tous regagné nos chambres. Une nuit très calme, mais assez obscure, se préparait. D'épais nuages cachaient les étoiles et alourdissaient l'atmosphère. La chaleur ne perdait rien de son intensité, même avec le coucher du soleil.

J'eus quelque peine à m'endormir, tant la température était étouffante. À travers ma fenêtre, que j'avais laissée ouverte, ne pénétrait qu'un air brûlant, qui me paraissait très impropre au fonctionnement régulier des poumons.

Minuit arriva, sans que j'eusse trouvé un seul instant de repos. J'avais pourtant la ferme intention de dormir pendant trois ou quatre heures avant le départ, mais j'avais aussi le tort de vouloir commander le sommeil. Le sommeil me fuyait. La volonté n'y peut rien, au contraire.

Il devait être une heure du matin, environ, lorsque je crus entendre un sourd murmure, qui se propageait le long des rives du Phalgou.

L'idée me vint d'abord que, sous l'influence d'une atmosphère très saturée d'électricité, quelque vent d'orage commençait à se lever dans l'ouest. Il serait brûlant, sans doute, mais enfin il déplacerait les couches de l'air, et le rendrait peut-être plus respirable.

Je me trompais. La ramure des arbres qui abritaient le campement gardait une absolue immobilité.

Je passai la tête à travers la baie de ma fenêtre, et j'écoutai. Le murmure lointain se fit encore entendre, mais je ne vis rien. La nappe du Phalgou était entièrement sombre, sans aucun de ces reflets tremblotants qu'eut produits une agitation quelconque de sa surface. Le bruit ne venait ni de l'eau ni de l'air.

Cependant, je n'aperçus rien de suspect. Je me recouchai donc, et, la fatigue l'emportant, je commençai à m'assoupir. À de certains intervalles, quelques bouffées de cet inexplicable murmure m'arrivaient encore, mais je finis par m'endormir tout à fait.

Deux heures après, au moment où les premières blancheurs de l'aube se glissaient à travers les ténèbres, je fus brusquement réveillé.

On appelait l'ingénieur.