Lorsque le dîner fut achevé, le colonel Munro, au lieu de rester à faire la sieste, suivant son habitude, descendit le marche-pied de la vérandah, fit quelques pas sur la route, y jeta une dernière fois un long regard; puis, se retournant vers nous:
«Banks, Hod, et vous aussi, Maucler, dit-il, voudriez-vous m'accompagner jusqu'aux premières maisons des cantonnements?»
Nous quittâmes immédiatement la table, à la suite du colonel, qui marchait lentement, sans prononcer une parole.
Après avoir fait une centaine de pas, sir Edward Munro s'arrêta devant un poteau qui se dressait sur la droite de la route, et sur lequel une notice était affichée.
«Lisez,» dit-il.
C'était la notice, vieille de plus de deux mois déjà, qui mettait à prix la tête du nabab Nana Sahib, et dénonçait sa présence dans la présidence de Bombay.
Banks et Hod ne purent retenir un geste de désappointement. Jusqu'alors, aussi bien à Calcutta que pendant le cours du voyage, ils étaient parvenus à éviter que cette notice tombât sous les yeux du colonel. Un fâcheux hasard venait de déjouer leurs précautions!
«Banks, dit sir Edward Munro en saisissant la main de l'ingénieur, tu connaissais cette notice?»
Banks ne répondit pas.
«Tu savais, il y a deux mois, reprit le colonel, que la présence de Nana Sahib venait d'être signalée dans la présidence de Bombay, et tu ne m'as rien dit!»