Sir Edward Munro n'était pas là, aux premières heures où les soldats d'Havelock s'emparaient de la ville! Il n'arriva que deux jours après l'odieuse immolation! Et maintenant, il n'avait plus là devant les yeux que l'emplacement où s'ouvrait le funeste puits, tombeau sans nom des deux cents victimes de Nana Sahib!

Cette fois, Banks, aidé du sergent, parvint à l'entraîner de force.

Le colonel Munro ne devait jamais oublier ces deux mots que l'un des soldats d'Havelock avait tracés avec sa baïonnette sur la margelle du puits:

«Remember Cawnpore!

«Souviens-toi de Cawnpore.»

CHAPITRE XI
Le changement de mousson.

À onze heures, nous étions de retour au campement, ayant, on le comprend, la plus grande hâte de quitter Cawnpore; mais quelques réparations à faire à la pompe d'alimentation de la machine ne permettaient pas de partir avant le lendemain matin.

Il me restait donc une demi-journée. Je ne crus pas pouvoir mieux l'employer qu'à visiter Lucknow. L'intention de Banks était de ne point passer par cette ville, dans laquelle le colonel Munro se serait retrouvé sur l'un des principaux théâtres de la guerre. Il avait raison! C'étaient encore là des souvenirs trop poignants pour lui.

Donc, à midi, après avoir quitté Steam-House, je pris le petit tronçon de railway qui relie Cawnpore à Lucknow. Le parcours ne dépasse pas une vingtaine de lieues, et j'arrivai en deux heures dans cette importante capitale du royaume d'Oude, dont je ne voulais prendre qu'une vue sommaire,—ce qu'on appelle une impression.

Je reconnus, du reste, la vérité de ce que j'avais entendu dire à propos des monuments de Lucknow, bâtis sous le règne des empereurs musulmans au XVIIe siècle.