«Eh bien, que veux-tu?… Qu'as-tu, Xaris?… Pourquoi cette émotion?… demanda Hadjine.
— Ce que j'ai… ce que j'ai!… Une nouvelle!… Une importante… une grave nouvelle!
— Parlez!… parlez!… Xaris! dit à son tour Henry d'Albaret, ne sachant s'il devait se réjouir ou s'inquiéter.
— Je ne peux pas!… Je ne peux pas! répondait Xaris, que son émotion étranglait positivement.
— S'agit-il donc d'une nouvelle de la guerre? demanda la jeune fille, en lui prenant la main.
— Oui!… Oui!
— Mais parle donc!… répétait-elle. Parle donc, mon bon Xaris!… Qu'y a-t-il? C'est ainsi qu'Henry d'Albaret et Hadjine apprirent la nouvelle de la bataille navale du 20 octobre.
Le banquier Elizundo venait d'entrer dans la salle, au bruit de cet envahissement de Xaris. Lorsqu'il sut ce dont il s'agissait, ses lèvres se serrèrent involontairement, son front se contracta, mais il ne témoigna ni satisfaction ni déplaisir, tandis que les deux jeunes gens laissaient franchement déborder leur coeur.
La nouvelle de la bataille de Navarin venait, en effet, d'arriver à Corfou. À peine se fut-elle répandue dans toute la ville qu'on en connut presque aussitôt les détails, apportés télégraphiquement par les appareils aériens de la côte albanaise.
Les escadres anglaise et française, auxquelles s'était réunie l'escadre russe, comprenant vingt-sept vaisseaux et douze cent soixante-seize canons, avaient attaqué la flotte ottomane en forçant les passes de la rade de Navarin. Bien que les Turcs fussent supérieurs en nombre, puisqu'ils comptaient soixante vaisseaux de toute grandeur, armés de dix-neuf cent quatre-vingt- quatorze canons, ils venaient d'être vaincus. Plusieurs de leurs navires avaient coulé ou sauté avec un grand nombre d'officiers et de matelots. Ibrahim ne pouvait donc plus rien attendre de la marine du sultan pour l'aider dans son expédition contre Hydra.